Fabienne Goeres : « L’arbitrage est une manière passionnante de vivre le golf autrement »

Fabienne Goeres est connue dans le monde du golf au Luxembourg pour sa douceur et sa capacité à mettre tout le monde d’accord. Qu’une golfeuse qui fait autant l’unanimité autour d’elle soit devenue arbitre est un grand atout pour la Fédération Luxembourgeoise de Golf. Rencontre avec une arbitre, passionnée de golf avant tout.
Birdie : Tu es arbitre fédérale depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui t’a menée vers l’arbitrage ?
Fabienne Goeres : J’ai commencé le golf il y a une trentaine d’années. À l’époque, mon professeur accordait autant d’importance au geste qu’à l’étiquette et aux règles du jeu. Tout ce qui entourait le golf faisait pleinement partie de l’apprentissage : il ne s’agissait pas uniquement de technique.
Très naturellement, j’ai intégré cette dimension des règles. Pour moi, il était aussi important de comprendre comment jouer que de savoir comment se comporter sur un parcours ou de connaître les bases réglementaires. C’est vraiment venu comme une évidence, presque au même niveau que le jeu en lui-même.
B : As-tu eu un déclic pour t’intéresser davantage aux règles ?
F. G. : Oui, mais c’est venu progressivement. Très vite, je me suis intéressée à tout ce qui touche au golf : les compétitions, la vie de club, les équipes… En participant à des tournois, notamment en Belgique avec d’autres joueuses, j’ai réalisé à quel point la connaissance des règles était importante pour jouer correctement. C’est aussi à ce moment-là que j’ai rencontré une joueuse qui avait passé l’examen d’arbitre. À l’époque, je ne savais même pas que ce rôle existait au golf ! Le fait que les arbitres n’accompagnent pas les joueurs en permanence, mais interviennent uniquement en cas de besoin, m’a beaucoup interpellée. Cette rencontre a été un déclic, même si ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai décidé de m’engager réellement dans cette voie.
B : Comment t’es-tu préparée pour devenir arbitre
F. G. : Au départ, je ne savais pas vraiment dans quoi je m’engageais. Au Luxembourg, nous sommes une petite fédération, donc il est plus simple d’accéder à la formation que dans d’autres pays où il faut passer des sélections. J’ai travaillé de manière autonome pendant environ six mois, avec un ouvrage de référence assez conséquent et surtout avec l’aide précieuse d’arbitres expérimentés qui m’ont accompagnée dans ma préparation.
Petit à petit, en étudiant, on se rend compte que les règles sont extrêmement précises et demandent une vraie rigueur. Il faut connaître les principes, mais aussi être capable de retrouver rapidement la bonne règle dans une situation donnée.
Ensuite, j’ai passé l’examen à Saint-Andrews. C’était une expérience exceptionnelle. Nous étions réunis avec des candidats du monde entier : des Américains, des Japonais, des Italiens… Tous avaient déjà plusieurs années d’expérience sur le terrain en tant qu’arbitre-assistant.
Après l’examen, nous avons enchaîné avec plusieurs jours de formation pratique, avec des mises en situation concrètes. C’est là que l’on apprend vraiment à gérer les cas réels.

B. : Comment appréhender la complexité des règles au début ?
F. G. : Je pense qu’il faut avant tout rester logique. Le golf repose sur des principes simples : jouer la balle où elle se trouve et jouer le terrain tel qu’on le trouve. À partir de là, lorsqu’une situation devient plus complexe, on peut s’appuyer sur cette logique pour trouver la bonne solution ou aller chercher la règle correspondante. C’est aussi important pour le joueur : s’il comprend la logique derrière la décision, il l’acceptera beaucoup plus facilement.
B. : Continues-tu à te former aujourd’hui ?
F. G. : Oui, mais de manière plus ludique. Il existe notamment une application du Royal & Ancient qui propose des quiz sur les règles, avec différents niveaux de difficulté. Ce sont des situations concrètes que l’on peut rencontrer sur le parcours. Cela permet de rester à jour tout en gardant un côté accessible et agréable. D’ailleurs, au Luxembourg, cette application a été énormément téléchargée par rapport au nombre de licenciés, ce qui est plutôt encourageant.
B. : Te souviens-tu de ton premier tournoi en tant qu’arbitre ?
F. G. : Oui, très clairement. Je pense que tous les arbitres se souviennent de leur premier “ruling”. C’était une compétition internationale avec des joueuses de très bon niveau. Une joueuse m’a appelée dans un rough, en forêt, car sa balle reposait potentiellement sur un trou de souris. La situation n’était pas évidente à vérifier, car la balle masquait le trou. Ce type de décision est toujours délicat.
Cette première expérience m’a appris plusieurs choses : d’abord qu’il faut assumer sa décision, même si l’on peut parfois se tromper. Ensuite, que la meilleure manière d’éviter l’erreur reste la préparation. Faire le tour du parcours en amont, identifier les zones à risque, anticiper les situations… Tout cela permet d’être beaucoup plus serein le jour de la compétition.
B. : As-tu déjà été confrontée à des décisions difficiles ?
F. G. : Honnêtement, non. Les joueurs de golf sont généralement très respectueux des arbitres, ce qui rend les échanges très fluides. Je n’ai jamais eu de situation conflictuelle. Et en cas de doute, un arbitre peut toujours consulter un collègue. L’essentiel est de prendre une décision rapidement, au moment où la situation se présente.
B. : Comment gères-tu la pression sur le terrain ?
F. G. : La préparation joue un rôle clé. Quand le terrain a été bien préparé avec les équipes et les autres arbitres, la pression diminue fortement. Il ne faut pas oublier que ce sont les joueurs qui sont sous pression. Notre rôle est plutôt de les rassurer et de les accompagner.
La seule vraie difficulté concerne parfois la gestion du rythme de jeu, où il faut intervenir pour éviter que les parties ne prennent trop de retard. Mais cela se fait généralement dans un bon esprit.
B. : Comment décrirais-tu ta relation avec les joueurs et les joueuses ?
F. G. : Elle est très saine. Sur les compétitions nationales, on se connaît souvent, ce qui facilite encore plus les échanges. Dans les compétitions internationales, même avec des joueurs que l’on ne connaît pas, le respect est total. Nous n’intervenons que lorsqu’on nous sollicite. Le but est de ne pas perturber le jeu mais d’être là en soutien.

B. : Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon arbitre ?
F. G. : L’empathie est essentielle. Quand un joueur appelle un arbitre, il est souvent dans une situation de doute ou de stress. Il faut savoir l’écouter, comprendre son intention et le rassurer. Dans la majorité des cas, le joueur connaît déjà la règle ou sait qu’il a commis une erreur. Il attend simplement une confirmation.
B. : Ton rôle a-t-il changé ta vision du golf ?
F. G. : Oui, totalement. Pour moi, les règles font partie intégrante du jeu au même titre que la technique. Elles apportent une dimension supplémentaire et rendent le golf encore plus intéressant.
B. : Quel est ton regard sur le niveau de connaissance des règles aujourd’hui ?
F. G. : Je suis assez inquiète. De nombreux joueurs, même à un bon niveau, ne maîtrisent pas les bases : que faire en cas de balle perdue, de balle jouée par erreur… C’est un phénomène que l’on observe à l’échelle internationale. Il y a aussi une perte de certaines valeurs comme le respect des autres joueurs ou du rythme de jeu. Cela dépasse le cadre du golf, mais cela se ressent particulièrement sur les parcours.
B. : Quel est selon toi le rôle de l’arbitre aujourd’hui ?
F. G. : Le rôle est avant tout pédagogique. Il s’agit de rappeler que le golf se joue selon des règles communes et que ces règles garantissent l’équité entre les joueurs. L’arbitre n’est pas là pour sanctionner, mais pour accompagner et aider. Les règles peuvent même être un véritable atout pour les joueurs lorsqu’elles sont bien maîtrisées.
B. : As-tu rencontré des difficultés en tant que femme arbitre ?
F. G. : Non, absolument aucune. Je n’ai jamais ressenti de différence de traitement. Au contraire, j’ai toujours été très bien accueillie et respectée.
B. : Quel message adresserais-tu à une femme qui hésite à se lancer ?
F. G. : Qu’il n’y a aucune raison d’hésiter. Il suffit d’avoir envie. L’arbitrage est une manière passionnante de vivre le golf autrement, avec une dimension différente mais tout aussi enrichissante.
B. : Comment transmets-tu les règles aux joueurs ?
F. G. : Nous privilégions une approche ludique. Par exemple, nous organisons des quiz ou des parcours avec des situations réelles. Cela permet de susciter l’intérêt et de montrer que les règles sont accessibles et utiles. L’objectif est de donner envie de s’y intéresser, plutôt que d’imposer un apprentissage théorique.
B. : Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ce rôle d’arbitre ?
F. G. : La transmission et l’aide aux joueurs. Le golf reste un jeu et les règles en font partie. Mon rôle est de les rendre compréhensibles et utiles, jamais contraignantes.
B. : Arbitre, joueuse ou capitaine : que préfères-tu ?
F. G. : Jouer, gérer une équipe ou arbitrer, tout cela fait partie de la même passion. Il y a un vrai esprit collectif et fédérateur dans chacune de ces fonctions. J’aime toutes les facettes du golf !
La Fédération Luxembourgeoise de Golf recrute de nouveaux arbitres !
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