Pierre Reuter : Rules official de la Fédération Luxembourgeoise de Golf

8.04.26

Pierre Reuter habite à 500 mètres du Golf de Clervaux. Une proximité géographique qui dit beaucoup de son attachement au jeu. Depuis 1999, le golf accompagne sa vie. D’abord joueur passionné puis marshal, Pierre est aujourd’hui arbitre de la Fédération Luxembourgeoise de Golf et a trouvé dans les règles une autre manière de servir le sport qu’il aime.

Birdie : Pierre, ton parcours vers l’arbitrage est assez singulier. Au départ, rien ne te prédestinait à ce rôle…

Pierre Reuter : Effectivement, je n’ai pas commencé le golf en me disant que je deviendrais arbitre. En 1999, je voulais simplement jouer, progresser et profiter du parcours. À l’époque, notre pro à Clervaux était Julien Paillier, aujourd’hui président de la PGA Luxembourg et pro au Golf-Club Grand-Ducal. Après avoir obtenu ma green card, j’ai commencé à évoluer de manière autonome.

Très vite, j’ai compris quelque chose d’essentiel : le golf n’est réellement agréable que si les règles sont connues et respectées. Contrairement à beaucoup d’autres sports, le golf repose énormément sur l’intégrité du joueur. Il est souvent son propre arbitre. Cela m’a toujours fasciné. En compétition, j’ai pris conscience que la moindre méconnaissance peut fausser l’équité. Mon intérêt pour les règles est né de cette prise de conscience.

B. : La rencontre avec les marshals a été déterminante ?

P.R. : Oui, absolument. Un moment important a été ma rencontre avec Hans Noyen, marshal du Golf de Clervaux à l’époque. Je l’ai accompagné lors de la préparation des tournois : organisation du terrain, choix des positions de drapeaux, mise en place générale. J’ai découvert l’envers du décor. Ce travail minutieux, souvent invisible pour les joueurs, m’a passionné.

En 2015, je suis devenu à mon tour marshal au Golf de Clervaux. J’habite à 500 mètres du club, donc je suis très impliqué dans la vie du parcours. Par la suite, j’ai aussi eu la chance de collaborer avec des arbitres expérimentés comme Fabienne Goeres et Henri Nau. Observer leur manière de gérer les situations, leur calme, leur précision… cela m’a énormément appris et donné envie d’arbitrer aussi.

B. : À quel moment décides-tu de franchir le pas vers l’arbitrage ?

P.R. : Il y a eu un élément personnel important : mes problèmes de dos. Je pouvais de moins en moins jouer régulièrement. Après mon départ à la retraite, j’avais davantage de temps et j’ai décidé d’investir cette énergie dans l’étude des règles.

En 2019, j’ai acheté les Official Guidelines to the Rules of Golf, ce que j’appelle toujours ma « Bible ». Plus de 500 pages d’interprétations, de cas concrets, de décisions. C’est un univers fascinant. On réalise à quel point chaque situation sur un parcours peut avoir des nuances.

Lorsque les règles ont été simplifiées en 2023, passant de 36 à 25 règles, cela a été un déclencheur. Dès la mi-2022, je me suis préparé sérieusement à l’examen de Referee. En février 2023, grâce à la FLG, j’ai participé au Tournament Administrators & Referees Seminar à St Andrews. Une semaine intensive, très exigeante intellectuellement, mais extraordinairement enrichissante.

B. : Ton baptême du feu arrive rapidement avec l’INTAM au Kikuoka.

P.R. : Oui, et c’était un vrai saut dans l’eau froide. J’étais le seul arbitre disponible pour le tournoi INTAM 2023 au Kikuoka Golf Club. Premier tournoi international, d’un niveau très élevé, avec des amateurs qui accumulent des points WAGR pour se qualifier vers une carrière professionnelle.

La pression était réelle. En tant qu’arbitre, on doit être présent, attentif, disponible, tout en restant discret. On ne cherche pas à se montrer, mais à garantir que tout se déroule équitablement.

Un épisode m’a particulièrement marqué. Un joueur classé dans le top 10 après deux jours est revenu à la zone de scoring dix minutes après avoir rendu sa carte. Il avait inscrit un coup de moins par erreur sur un trou. Il aurait pu ne rien dire. Il a choisi l’honnêteté.

Humainement, c’était un moment fort. Mais le règlement est clair : une carte rendue et signée avec un score inférieur entraîne la disqualification. Il n’y avait pas d’alternative possible. Cette décision m’a profondément touché. J’ai ensuite échangé avec des arbitres internationaux, qui m’ont confirmé que la décision était juste. Comme ils me l’ont dit : « Les règles sont les règles. »

Ce moment m’a rappelé que l’arbitrage est à la fois technique et humain.

B. : En 2024, tu participes aux European Senior Men’s and Ladies’ Championships de l’EGA en tant qu’arbitre. Une autre dimension ?

P.R. : Oui, totalement. Nous étions une équipe de huit arbitres, dirigée par Manou Gillen en tant que Chief Referee. Le travail collectif était remarquable. Chacun avait son rôle, ses zones de responsabilité et les échanges étaient constants.

Le fait de bien connaître le parcours du Kikuoka grâce à l’INTAM de l’année précédente m’a permis d’apporter mon expérience, notamment pour identifier les zones sensibles ou anticiper certaines situations de rulings. Ce genre d’événement montre à quel point l’arbitrage est aussi un travail d’équipe.

B. : Mais ton engagement ne se limite pas aux grands tournois !

P.R. : Non, au contraire. Ce qui me tient particulièrement à cœur, c’est la transmission. Ces dernières années, j’ai constaté une baisse de la connaissance des règles et un recul du respect de l’étiquette. Cela peut sembler anodin mais c’est fondamental pour préserver l’esprit du jeu.

En 2024, le Golf de Clervaux m’a demandé de proposer des cours de règles. Soixante-dix participants se sont inscrits. Nous avons combiné théorie et mises en situation pratiques sur le compact. Les joueurs alternaient les rôles d’arbitre et de joueur. Cela change complètement la perspective.

Au Petite Suisse Country Club, nous avons organisé un format similaire en 2025. Pour conclure la formation, j’ai imaginé un « tournoi indoor de 18 trous » : en réalité, un quiz de 18 questions en PowerPoint, avec 45 secondes par réponse, des cartes de score et un marqueur. Les participants ont adoré. Apprendre les règles peut être ludique.

Je travaille actuellement sur des cours thématiques sur les situations rencontrées sur le parcours et nous réfléchissons avec la FLG à la mise en place d’une green card harmonisée incluant un test théorique.

B. : Au fond, comment résumes-tu ta philosophie de l’arbitrage ?

P.R. : Un arbitre n’est pas là pour sanctionner, mais pour aider. Notre rôle est de garantir l’équité et de préserver l’esprit du jeu. Les règles ne sont pas un obstacle au plaisir. Elles en sont la garantie.

Le golf reste avant tout un jeu : un jeu magnifique, exigeant, basé sur l’intégrité. Amusez-vous, respectez les règles, respectez l’étiquette et la cadence de jeu. Et surtout… bonne partie !

La Fédération Luxembourgeoise de Golf recrute de nouveaux arbitres !

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