Ella Miserini est une jeune fille comme on en croise beaucoup au Luxembourg : de parents étrangers, elle est née et a grandi au Luxembourg dans un environnement cosmopolite, multiculturel et polyglotte. Avec un papa italien et une maman finlandaise, Ella a ce petit truc en plus qui peut faire la différence au golf : pour elle, le monde est un village.
Birdie : Raconte-nous ton premier souvenir de golf !
Ella Miserini : Mon premier souvenir de golf remonte à des vacances en Espagne. Mon père jouait souvent au golf et m’emmenait avec lui sur le parcours. Pendant qu’il jouait, je restais dans la voiturette et je regardais. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser au golf.
Ensuite, j’ai commencé à prendre des cours avec un coach à Tenerife où nous avons une maison et où nous allons souvent en vacances. C’est là que j’ai vraiment débuté.
À l’âge de dix ans, j’ai joué mes premières compétitions, principalement en France, notamment sur le Moselle Tour. Puis j’ai participé à mes premiers Grands Prix français, dont les Grands Prix Jeunes. Aujourd’hui, je participe à des compétitions un peu partout en Europe: en Finlande, en Italie, au Luxembourg mais aussi en Angleterre, en Hongrie ou en Espagne.
Je voyage beaucoup pour le golf. Cela m’oblige parfois à manquer l’école mais j’essaie de trouver un bon équilibre entre les deux.
B. : Qui t’a donné la passion pour ce sport ?
E.M. : C’est mon père qui m’a transmis la passion du golf. C’est en l’accompagnant sur les parcours et en passant du temps avec lui autour de ce sport que j’ai commencé à aimer le golf et que j’ai eu envie d’y jouer.
B. : Tu fais partie de l’équipe nationale féminine luxembourgeoise qui a remporté le European Team Shield Championship en 2025. Comment décrirais-tu l’esprit d’équipe qui a rendu possible ce succès au Team Shield ?
E.M. : Nous étions une équipe très soudée. Avec les autres joueuses, nous sommes très proches, et je suis particulièrement amie avec Emma. Nous nous entraînons souvent ensemble au Golf-Club Grand-Ducal et nous jouons également diverses compétitions ensemble.
Pendant le Team Shield, chacune a joué son rôle au bon moment. Le premier jour, trois joueuses ont très bien joué tandis qu’une autre a eu plus de difficultés, mais cela a suffi pour nous permettre de gagner la journée. Le deuxième jour, nous étions déjà qualifiées pour le tour suivant, ce qui nous a permis d’aborder la suite plus sereinement. Ensuite, en match-play, une joueuse a perdu son match mais les trois autres l’ont remporté. Le dernier jour, j’ai joué contre une joueuse très forte de l’équipe de Turquie, classée autour de la 200ème place mondiale. J’ai perdu ce match, mais mes coéquipières ont gagné les leurs. Au final, chacune a apporté sa contribution. L’esprit d’équipe était vraiment excellent et notre coach Douglas nous a aussi beaucoup aidées.
B. : Quels enseignements retiens-tu de cette expérience collective ?
E.M. : Cette expérience nous a montré que si nous jouons toutes bien au même moment et que nous restons soudées, nous pouvons réaliser de très belles performances ensemble. Cela nous donne beaucoup de confiance pour les prochains Championnats d’Europe par équipes, notamment en Division 1 en Irlande. Si tout le monde est en forme au bon moment, je pense que nous pouvons faire de très bons résultats.

B. : Quelles étaient vos émotions avant les matches de qualification et après la dernière balle jouée ?
E.M. : Avant la compétition, j’avais un bon pressentiment. L’année précédente, je n’avais pas été sélectionnée pour le Team Shield, mais l’équipe avait déjà été très proche du podium. Je pensais que nous avions le potentiel pour finir au moins deuxièmes, voire gagner comme nous l’avons fait.
Après la victoire, avec Emma, nous avions du mal à réaliser ce qui venait de se passer. Gagner un tournoi européen d’une telle importance ensemble semblait presque irréel. Nous étions toutes extrêmement heureuses. Quand je regarde la médaille européenne que j’ai à la maison, je me rends compte de l’importance de ce que nous avons accompli. C’est une grande fierté.
B. : Aujourd’hui, avec du recul, qu’est-ce que cette victoire signifie pour l’équipe ?
E.M. : C’est une victoire très importante pour le Luxembourg. Je ne pense pas que les jeunes golfeurs luxembourgeois aient déjà remporté un tournoi européen aussi important en équipe. Cela montre que c’est possible et cela peut donner de l’espoir et de la motivation à d’autres équipes. Peut-être que les garçons pourront aussi réaliser un grand résultat s’ils ont une bonne équipe cette année.

B. : Ta triple nationalité t’a-t-elle ouvert des portes dans les compétitions internationales ?
E. M. : Oui, clairement. J’ai les nationalités finlandaise, luxembourgeoise et italienne. Cela me permet de participer aux championnats nationaux dans les trois pays. Par exemple, l’année dernière, mon objectif principal était de gagner le Championnat national de Finlande U16, et j’y suis parvenue. En Italie, le niveau est un peu plus élevé, mais je participe tout de même chaque année aux championnats nationaux. Cette année, je jouerai en U18 et mon objectif est de remporter à nouveau le championnat de Finlande, mais cette fois dans la catégorie U18. Au Luxembourg aussi, si je participe au championnat national U18, j’aimerais évidemment essayer de le gagner.
B. : Comment t’adaptes-tu aux différents environnements de jeu à l’étranger ?
E. M. : Chaque pays peut présenter des conditions de jeu très différentes. Par exemple, en Afrique du Sud, le type de gazon était totalement différent. Au Luxembourg, j’ai l’habitude de faire beaucoup de divots à l’impact. Là-bas, je devais plutôt frapper la balle plus légèrement pour qu’elle parte correctement. La balle volait également beaucoup plus loin qu’en Europe, ce qui m’a coûté quelques coups le premier jour de compétition… Sinon, l’adaptation est généralement assez facile. La première fois que j’ai joué en dehors d’Europe, c’était à Singapour avec l’équipe nationale. À ce moment-là, mon jeu était moins développé et j’ai trouvé les conditions très difficiles. Aujourd’hui, je m’adapte beaucoup mieux.
B. : Comment ces expériences t’enrichissent-elles sur le plan mental et technique ?
E. M. : Voyager et jouer sur différents parcours m’aide à devenir plus adaptable. Cela m’oblige à ajuster mon jeu, à réfléchir davantage à mes coups et à mieux gérer les situations nouvelles. Mentalement, cela renforce aussi la confiance et l’expérience en compétition internationale.
B. : Comme beaucoup de jeunes Européens, tu as choisi de partir aux Etats-Unis pour ton cursus universitaire. Peux-tu nous dire quelques mots de ce projet ?
E. M. : Je partirai normalement en 2027. J’ai discuté avec plusieurs universités américaines et j’ai reçu différentes propositions de bourses sportives. Par exemple, j’ai reçu une bourse complète d’une université au Texas, ainsi qu’une bourse d’environ 80 % à l’université de West Georgia. Finalement, mon premier choix s’est porté sur Nova Southeastern University en Floride (NSU).
B. : Pourquoi avoir choisi cette université ?
E. M. : Même si l’équipe évolue en Division II, elle est très bien classée au niveau national, autour de la 8ème place. Le niveau y est donc très élevé, parfois même comparable à certaines équipes de Division I. L’université m’a proposé une bourse presque complète, ce qui a renforcé mon choix. Je pourrai officiellement signer en novembre pour débuter en 2027.
Je voulais aussi vivre dans un endroit où il fait chaud toute l’année. Au Luxembourg, il est difficile de jouer au golf toute l’année à cause de la météo. En Floride, les conditions permettent de s’entraîner douze mois par an. J’ai aussi beaucoup aimé le campus et l’environnement de l’université.
B. : Comment arrives-tu à concilier ton parcours scolaire avec des ambitions sportives élevées ?
E. M. : Quand je pars en compétition, je demande à mes professeurs ce qui sera étudié la semaine suivante. Ils savent que je participe à beaucoup de compétitions et comprennent mes absences. La plupart du temps, les cours et les devoirs sont mis en ligne, ce qui me permet de rattraper le travail pendant mes déplacements. J’essaie de continuer à travailler même lorsque je suis en tournoi.
B. : Y a-t-il des moments où l’un prend le pas sur l’autre ?
E. M. : Oui, parfois. Par exemple, les tournois de préparation à l’étranger avant la saison m’obligent parfois à manquer plusieurs jours de cours pour être prête pour les compétitions importantes.
B. : Quels seront les moments clefs de ta saison 2026 ?
E. M. : L’un de mes objectifs principaux sera de remporter le Championnat national de Finlande U18. J’aimerais aussi que notre équipe luxembourgeoise réalise une belle performance au Championnat d’Europe féminin par équipes en Division 1 en Irlande. Je pourrai également participer au British Girls Championship et j’espère y faire un bon résultat. Bien sûr, mon objectif reste aussi de réussir à l’école…
B. : Quels challenges personnels t’attendent dans les prochains mois ?
E. M. : Le principal défi sera de gérer les examens de fin d’année. Il faudra beaucoup étudier… Juste après ces examens, je jouerai le Championnat national de Finlande. Je devrai donc réussir à m’entraîner et à étudier en même temps, ce qui ne sera pas facile.

B. : Quel cap souhaites-tu franchir en termes de résultats personnels et de classement?
E. M. : Actuellement, je suis classée autour de la 1500ème place au classement mondial amateur (WAGR). Mon objectif est de passer sous la barre des 1000 cette année. J’aimerais également réaliser plusieurs top 10 dans les tournois européens.
L’an dernier, j’ai atteint l’un de mes objectifs en terminant 9ème du Championnat d’Europe des Clubs avec le Golf-Club Grand-Ducal en Slovaquie. Mon objectif était d’entrer dans le top 10, donc j’étais très satisfaite.
B. : Te vois-tu un jour jouer sur des circuits professionnels ?
E. M. : Cela dépendra de mes performances aux États-Unis. Si je joue suffisamment bien et que je sens que j’ai le niveau, je pourrai envisager de passer professionnelle.
B. : Quel message aimerais-tu transmettre à la jeune Ella d’il y a quelques années ?
E. M. : Je lui dirais de faire confiance au processus, de croire en son coach et de continuer à travailler tout en prenant du plaisir à jouer.
B. : Quel conseil donnerais-tu à une non-golfeuse qui hésite à jouer en équipe ou en compétition ?
E. M. : Il faut du temps pour progresser et commencer à bien jouer. Mais si l’on reste régulier dans l’entraînement et que l’on s’entraîne de manière structurée, on peut vraiment progresser et prendre beaucoup de plaisir.
B. : Que dirais-tu pour convaincre quelqu’un de jouer au golf ?
E. M. : Le golf n’est pas seulement le sport tranquille pour les personnes âgées que beaucoup imaginent. Il y a aussi un côté très compétitif qui demande beaucoup d’entraînement physique et mental. Et surtout, c’est encore plus amusant lorsqu’on s’entraîne avec des amis !
B. : Merci Ella !
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